Campagnes de financement mises en arrêt, annulations d’événements-bénéfice, pertes de commanditaires importants, les organisations philanthropiques ont dû faire face aux aléas du confinement et user d’agilité pour rentabiliser leurs sources de revenus.

Dans le cadre de notre série d’entrevues COVID-19, nos experts en marketing se sont entretenus avec Sylvie Bourbonnière, directrice générale de La Fondation Le Chaînon, pour discuter de la manière dont son équipe et elle se sont réorganisées pour créer une campagne-éclair de sensibilisation en temps de pandémie.

 

Sylvie, dites-nous, quel a été votre premier réflexe lorsque la crise sanitaire a frappé le Québec?

« L’un des premiers réflexes que j’ai eus a été de former une petite cellule de crise au sein de notre fondation, autant avec les stratèges que les personnes responsables de nos communications et relations publiques, pour discuter de la création d’une campagne de financement à grande échelle. La réponse fut très positive. Tout le monde a rapidement embarqué dans le projet et nous avons brainstormé pour créer un message publicitaire percutant destiné à être diffusé à la télévision et la radio. Il fallait être proactives et agiles, Mario Mercier et ses partenaires de Compagnie et Compagnie nous ont proposé d’utiliser l’arc-en-ciel en l’adaptant avec le symbole de la femme et nous avons joint le célèbre « Ça va bien aller » pour mettre en perspective le désarroi de notre organisme et celui des femmes que nous accompagnons.

Dès le départ, nous ne voulions surtout pas avoir l’air de profiter de la situation. Bien au contraire, nous voulions sensibiliser davantage la population à la réalité des femmes en difficulté. Vous savez, en temps de confinement, l’isolement de ces femmes est accentué et beaucoup d’entre elles vivent encore plus de violence conjugale ou familiale. Notre initiative se voulait aussi solidaire. C’était important pour nous d’aider d’autres maisons d’hébergement à travers le Québec, qui avaient moins de moyens ou d’opportunités, à rayonner pendant ce moment-là. Il y a eu un impact très grand et nous sommes très heureuses de ce geste solidaire! »

 

 

Outre votre campagne de financement Ça va bien aller, quelles ont été les stratégies marketing utilisées pour maximiser la rentabilité de vos sources de revenus?

« Comme tous les autres organismes de bienveillance, nos activités de collectes de fonds ont malheureusement été annulées. Habituellement, le tournoi de golf annuel du Chaînon se fait avec des personnalités publiques. Ce que nous avons fait, c’est de reprendre tout simplement notre concept initial et nous l’avons adapté pour qu’il soit numérique. Nous avons demandé à des comédiennes d’enregistrer un court message pour inviter la population à soutenir les maisons d’hébergement de leur région. Ces messages ont été partagés sur les différents médias sociaux.

La réceptivité fut très positive et une foule de personnes ont rapidement voulu nous aider en faisant toutes sortes d’initiatives tierces-parties. Plusieurs gestes solidaires nous ont soutenus, par exemple : des gens ont vendu des masques de protection, des foulards, des bijoux, des parfums d’ambiance et j’en passe! Tout cela pour soutenir la mission du Chaînon. Certains ont mis en place des collectes de fonds sur les réseaux sociaux, nous avons aussi réalisé un partenariat avec Rogers qui a partagé notre message sur différentes plateformes médiatiques et nous avons donné des entrevues, notamment dans le Journal de Montréal pour parler de la situation critique des maisons d’hébergement en temps de pandémie. Toutes ces initiatives solidaires ont permis de faire du bruit autour de notre cause et de notre mission. »

Si je comprends bien, La Fondation le Chaînon a continué à maintenir ses activités?

« Oh oui, encore plus même! Nous avons maintenu nos activités et la maison est restée ouverte à notre communauté. En fait, nous avons gardé en confinement toutes les femmes en visite par mesure de sécurité. Cela a demandé plus de gens à l’entretien ménager, plus d’intervenantes et une logistique plus structurée. Pour nous, c’était une mission de protéger ces femmes de leur agresseur et d’assurer la santé et la sécurité de toutes les résidentes et de toutes les employés. La mobilisation à l’interne a été fabuleuse. Je tiens à remercier Madame Linda Beauparlant et toute son équipe! »

 


 

 

Et vos donateurs, sont-ils au rendez-vous?

« Oui, c’est fou! Nous avons misé sur une campagne multicanale, donc autant au niveau numérique que traditionnel. C’était la première fois que La Fondation Le Chaînon utilisait des stratégies davantage axées sur le numérique. Cette nouvelle manière de faire a été très bénéfique pour notre organisme, car cela a permis d’élargir notre portée, notre visibilité et aussi le message que nous portons. Bien entendu, ce type de campagne à amener plusieurs nouveaux donateurs à joindre notre mission, et ce, à faible coût!

Le numérique fonctionne très bien en philanthropie. C’est très important pour les organismes d’utiliser ce genre de stratégies, car comme vous le savez sans doute, le monde de la collecte de fonds évolue et se complexifie, et encore plus avec la COVID-19. Le numérique est une technique très efficace pour faire rayonner une cause et possède un effet multiplicateur qui donne accès à des milliers de personnes. C’est un enjeu de pérennité pour celles et ceux qui n’y adhèrent pas. »

 

Et pour terminer Sylvie, comment envisagez-vous la suite des choses? Quels seront, selon vous, les défis à relever en philanthropie?

« En fait, ce qui m’inquiète le plus, ce sont les prochains mois à venir. Nous avons vu beaucoup d’entreprises fermer et des personnes perdent leur emploi, donc nous allons vraiment continuer à sentir les effets négatifs de la crise sanitaire.

À mon avis, les entreprises auront moins envie de faire des dons corporatifs ou de donner du temps pour le bénévolat. C’est sûr que les organismes devront faire les choses différemment. Nous allons devoir développer des écosystèmes de sollicitation ou d’échange pour amoindrir les coûts et décupler les bénéfices. Il va falloir trouver de nouvelles manières de collaborer et non plus travailler en silo. Nous sommes en train de vivre la naissance d’une nouvelle philanthropie. »


Vous aimeriez obtenir de judicieux conseils en termes de marketing philanthropique pour maximiser vos actions et communications? L’équipe de la Suite interactive donna est là pour vous accompagner à encadrer vos efforts à travers des outils et conseils personnalisés à votre réalité.

Communiquez avec nous

 


Retour aux nouvelles